Pour ce mois de juin, Puzzle est retourné au Grand Palais pour une exposition d’une nature radicalement différente de toutes celles que nous avons couvertes cette saison. Leandro Erlich, la première grande rétrospective monographique consacrée en France à l’artiste argentin, ouvre le 2 juin 2026 dans les galeries du monument des Champs-Élysées, dans le cadre du programme Grand Palais d’été. Visible jusqu’au 6 septembre 2026, l’exposition est organisée par le Grand Palais RMN et Arthemisia, avec un commissariat confié à Fabrice Bousteau, directeur de Beaux Arts Magazine. Né à Buenos Aires en 1973, Erlich vit entre Paris, Buenos Aires et Montevideo. Ses oeuvres figurent dans les collections de la Tate Modern, du Centre Pompidou et du Museum of Fine Arts de Houston.
Le parcours réunit quatorze installations monumentales dans lesquelles rien n’est jamais comme il paraît. On entre dans Port of Reflections par une sorte d’embarcadère, et on se retrouve face à des barques qui semblent flotter sur une eau noire et silencieuse. Il n’y a pas d’eau. Une machine dissimulée fait osciller les coques, et ce qu’on prenait pour un reflet appartient à la sculpture elle-même. Le ton est donné, et on comprend vite qu’Erlich va nous mettre à l’épreuve d’un bout à l’autre du parcours. The Cloud présente des nuages figés dans des vitrines de verre. Changing Rooms aligne trente cabines d’essayage dont les miroirs relient chaque espace au suivant en un labyrinthe sans contours définis. L’exposition s’achève par Bâtiment (2004), une façade haussmannienne couchée à plat et redressée dans un miroir incliné à 45 degrés, que les visiteurs escaladent en trompe-l’oeil, le temps d’une photographie.
Ce qui surprend, c’est qu’Erlich ne cache rien de ses procédés. Il les montre, les explique, laisse visible la mécanique de l’illusion. L’effet n’en est pas moins saisissant, parce que ce n’est pas la tromperie qui l’intéresse, mais la question qu’elle pose : comment construisons-nous notre compréhension du monde à partir de ce que nous voyons ? Une section intitulée Documentation Room présente quarante-et-une maquettes de ses projets dans l’espace public, dessinant un artiste attentif à la ville et aux certitudes collectives, bien plus engagé qu’il n’y paraît au premier regard.
Pour Puzzle, l’exposition Leandro Erlich représente un contrepoint bienvenu après une saison riche en peinture et en sculpture. Elle rappelle que la création d’aujourd’hui peut investir l’espace entier, transformer le visiteur en acteur et faire de la perception elle-même son vrai sujet. Référencée dans notre rubrique Art Contemporain, ce travail nous invite à continuer d’élargir notre regard sur ce que l’art peut être, et c’est exactement le genre de remise en question dont on a besoin.
tte attitude et démontre qu’elle constitue l’une des forces motrices les plus constantes de l’art moderne.