Van Gogh suspect : dissidence et transgression à Arles

Un squelette qui fume une cigarette. C’est la réponse que Vincent van Gogh adressait en 1886 à ses professeurs de l’école des Beaux-Arts d’Anvers, qui voyaient en lui un mauvais dessinateur. C’est aussi l’oeuvre qui a accueilli Puzzle lors de sa visite arlésienne de mai, à la Fondation Vincent van Gogh, où est présentée depuis le 22 mai 2026 l’exposition SUSPECTS. Van Gogh, Tricksters & Co. Provocateur, transgresseur, hors norme : c’est ce Van Gogh-là que la Fondation a choisi de mettre au coeur de sa nouvelle saison. Elle réunit une centaine d’oeuvres de 33 artistes modernes et contemporains autour d’un concept emprunté à l’anthropologie : le trickster, ce perturbateur rusé et insolent présent dans les mythes de toutes les civilisations, chargé de délivrer la communauté de ses conventions étouffantes. Le commissariat est confié à Jean de Loisy et Margaux Bonopera.


Leur parcours s’appuie sur une idée simple mais radicale : avant d’être une icône de l’art, Van Gogh a été incompris, moqué, rejeté. Sa peinture débordait les cadres de son époque. C’est cette attitude de dissidence, ce refus du bon goût et des injonctions académiques, que l’exposition trace comme fil rouge de la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours. Le Crâne de squelette fumant une cigarette, prêté par le Van Gogh Museum d’Amsterdam, ouvre le propos avec une économie saisissante. En une seule toile, le peintre résume ce que sera toute sa trajectoire, et franchement, la toile est bien plus drôle et plus subversive qu’on ne l’imaginait.


Les 33 artistes réunis forment une constellation d’esprits libres ayant tous choisi l’excès plutôt que la mesure. Pablo Picasso y apparaît en Arlequin, cet alter ego marginal qu’il endossa toute sa vie, dont témoignent les cinquante-six oeuvres offertes au musée Réattu d’Arles en 1971, qui servent de point de départ historique au parcours. Andy Warhol s’impose naturellement dans ce panthéon de la subversion. Bruce Nauman y déploie une installation vidéo sur la souffrance et l’absurde. Maurizio Cattelan, Cindy Sherman, Mike Kelley, Martin Kippenberger ou Maria Lassnig prolongent cette galerie de personnages ayant fait de la transgression un outil de connaissance plutôt qu’une posture.


Certaines oeuvres mettent mal à l’aise, d’autres font sourire. Toutes partagent ce refus d’être sages, et c’est précisément ce qui rend le parcours captivant. Visible jusqu’au 18 octobre 2026, l’exposition se tient au coeur du vieil Arles, là où Van Gogh peignit plus de deux cents toiles en quinze mois de séjour entre 1888 et 1889.


Pour Puzzle, cette escapade arlésienne relie plusieurs fils de notre programmation. Andy Warhol et Erró appartiennent à cette même tradition du regard oblique et de la subversion des images. Mark Alequin, Gully et Denis Ouch en sont les héritiers directs : ils ont tous choisi de peindre là où on ne les attendait pas. Référencée dans notre rubrique Art Contemporain, SUSPECTS. Van Gogh, Tricksters & Co. retrace la généalogie de cette attitude et démontre qu’elle constitue l’une des forces motrices les plus constantes de l’art moderne.