Pour ce mois d’avril, Puzzle s’est rendu à la Fondation Louis Vuitton pour une rétrospective d’une ampleur inédite consacrée à Alexander Calder. Intitulée Rêver en équilibre, l’exposition marque le centenaire de l’arrivée de l’artiste américain à Paris en 1926 et les cinquante ans de sa disparition. C’est aussi, pour la Fondation, une première : depuis son ouverture en 2014, jamais l’ensemble de ses espaces n’avait été entièrement dédié à l’oeuvre d’un seul artiste, pelouse comprise, soit plus de trois mille mètres carrés.
Visible du 15 avril au 16 août 2026, Rêver en équilibre rassemble près de trois cents oeuvres couvrant un demi-siècle de création, des premières sculptures en fil de fer des années 1920 aux stabiles monumentaux qui ont redéfini l’art public dans les années 1960 et 1970. Conçue en étroite collaboration avec la Calder Foundation, son principal prêteur, l’exposition bénéficie de prêts d’institutions et de collections privées internationales. Elle a été pensée par Suzanne Pagé, directrice artistique de la Fondation, avec les commissaires invités Dieter Buchhart et Anna Karina Hofbauer.
Le parcours, chronologique, suit une logique d’immersion progressive dans l’univers de Calder. Il s’ouvre sur les années parisiennes fondatrices, celles où le jeune Alexander, débarqué à Montparnasse en 1926, s’introduit dans les cercles de l’avant-garde internationale avec une rapidité déconcertante. Portraits en fil de fer, figures sculptées dans le bois et surtout les premières représentations du Cirque Calder, cette installation performative miniature qui éblouit Fernand Léger, Le Corbusier, Joan Miró et Piet Mondrian, donnent à voir un artiste qui invente son propre langage dès ses premières années. Le retour exceptionnel du Cirque Calder à Paris, prêté par le Whitney Museum of American Art pour la première fois en quinze ans, constitue l’un des moments forts de la visite.
Le coeur de l’exposition est naturellement occupé par les mobiles et les stabiles qui ont assuré la renommée mondiale de Calder. Les premiers, suspendus dans les volumes de l’architecture signée Frank Gehry, se transforment en chorégraphie aérienne soumise aux courants d’air et à la lumière changeante des verrières. Les seconds, imposants et colorés, dialoguent pour la première fois avec les espaces extérieurs depuis la pelouse nouvellement investie. Entre ces deux pôles, des bijoux conçus comme des sculptures miniatures, des peintures et des dessins complètent le panorama. Trente-quatre photographies signées Henri Cartier-Bresson, André Kertész, Man Ray, Irving Penn ou Agnès Varda offrent un portrait intime de l’artiste au travail et dans la vie.
Rêver en équilibre rappelle à quel point l’oeuvre de Calder déborde toutes les catégories. Ni peinture, ni sculpture au sens traditionnel du terme, ses créations ont introduit le temps et le mouvement dans l’espace plastique, ouvrant une voie que beaucoup ont empruntée depuis. L’exposition souligne également le réseau de rencontres qui a nourri cet art : la visite décisive dans l’atelier de Mondrian en 1930, les encouragements de Marcel Duchamp et de Jean Arp, l’amitié durable avec Miró, autant de points de contact qui ont orienté Calder vers l’abstraction sans jamais lui faire perdre sa joie ni son sens du jeu.
Pour Puzzle, Rêver en équilibre s’impose comme l’une des expositions majeures de cette saison parisienne. Référencée dans notre rubrique Art Moderne et Contemporain, elle s’inscrit dans notre volonté d’explorer toutes les dimensions de la création du XXe siècle et fait écho à l’oeuvre des grands abstracteurs que nous représentons, Hans Hartung, Serge Poliakoff et Pierre Soulages, en montrant comment cette génération a su faire danser la matière et repousser les limites de ce que la sculpture peut être.